Opération TAMOURE

Article signé par le commandant DUBROCA, pilote du « Mirage IV » - le navigateur était le Cne Caubert - et publié dans la Revue mensuelle de l’Armée de l’Air. Décembre 1967 - N° 242.

   Le 1er octobre 1964, la première unité des Forces Aériennes Stratégiques était opérationnelle. La montée en puissance de la force nucléaire, dont la France avait décidé de se doter, allait se poursuivre en respectant de façon remarquable le plan initialement prévu : mise en place des Mirages IV et de leurs armes, des ravitailleurs C-135 F, de l’environnement électronique et logistique, instruction du personnel et, enfin, prise de l’alerte vingt-quatre heures sur vingt-quatre.
La valeur de ce nouveau système d’armes, dont les performances avaient été démontrées au cours de sa mise au point, se confirmait chaque jour pour : fiabilité technique et opérationnelle, précision du bombardement vérifiée à haute altitude comme à basse altitude par de multiples largages effectués à l’occasion de nombreuses campagnes de tir.

   Il restait cependant à contrôler le rendement d’un bombardement en vrai grandeur. En effet, les armes utilisées jusque-là comportaient l’ensemble des dispositifs des armes réelles ( circuits d’armement, « implosoirs », etc, ) à l’exception du « cœur » de plutonium. L’ouverture du Centre d’Expérimentation du Pacifique en juillet 1966 allait permettre d’effectuer, avec toutes les garanties de sécurité nécessaires, un tir d’épreuve de l’arme nucléaire.
Telle était le but de l’opération « Tamouré ».

   Cette opération fournissait en même temps l’occasion, pour notre bombardier stratégique, de relier la France à la Polynésie française, soit quelques 20 000 km, par la voie des airs.
Sa préparation, sur le plan opérationnel et technique, et son exécution furent confiées à l’escadron de bombardement 1/91 « Gascogne », escadron qui assure, en plus de l’alerte opérationnelle, l’expérimentation liée à l’évolution permanente du système d’armes, ainsi qu’à l’escadron de ravitaillement en vol 4/91 « Landes », tous deux implantés sur une même base de la 91ème escadre.
   Son commandement fut attribué à un officier supérieur directement sous les ordres du général commandant les Forces Aériennes Stratégiques. Cet officier fut chargé notamment de régler l’ensemble des problèmes posés au niveau des organismes tels que la direction des Centres d’expérimentations nucléaires et de coordonner l’action des unités impliquées.
   En outre, pour parer à toute éventualité, un deuxième « Mirage IV » était convoyé par voie maritime.